Une nouvelle réponse aux territoires sans officine ?
Lorsqu’une pharmacie ferme dans une petite commune, son départ peut modifier profondément l’accès aux soins de proximité. Pour certains habitants, la pharmacie la plus proche se trouve alors à plusieurs kilomètres, ce qui peut compliquer l’accès aux médicaments et aux services proposés par les pharmaciens.
Face à cette situation, une nouvelle organisation est expérimentée depuis 2024 : les antennes de pharmacie.
Le principe est simple : permettre à une officine existante d’assurer une présence pharmaceutique dans une commune qui ne dispose plus de pharmacie, lorsque les conditions prévues par l’expérimentation sont réunies.
En 2026, le dispositif commence à prendre forme et permet d’observer ses premiers usages.
Qu’est-ce qu’une antenne de pharmacie ?
Une antenne de pharmacie est un point de présence pharmaceutique rattaché à une officine existante.
L’expérimentation vise notamment les communes de moins de 2 500 habitants dont la dernière officine a fermé définitivement, faute de repreneur. L’antenne est créée et gérée par le ou les titulaires d’une officine située dans une commune limitrophe ou par l’officine la plus proche.
Ce dispositif répond à une problématique particulière : dans certaines petites communes, la population ne permet pas nécessairement de maintenir une officine indépendante, mais les besoins de la population justifient néanmoins une présence pharmaceutique.
L’antenne cherche ainsi à créer un compromis entre l’absence totale de pharmacie et l’installation d’une nouvelle officine.
Pourquoi expérimenter ce nouveau modèle ?
Le maillage officinal repose traditionnellement sur un réseau de pharmacies réparties sur l’ensemble du territoire.
Mais certaines communes rurales rencontrent des difficultés particulières : départ à la retraite d’un titulaire, absence de repreneur, baisse de population ou difficultés économiques.
Le cadre réglementaire prévoit déjà différents mécanismes pour favoriser ou maintenir l’accès aux médicaments dans les territoires où celui-ci n’est pas considéré comme suffisamment assuré. Les agences régionales de santé peuvent notamment identifier ces territoires en tenant compte de critères tels que la densité d’officines, la situation démographique ou encore certaines caractéristiques des pharmacies locales.
Les antennes constituent une réponse complémentaire : plutôt que de recréer systématiquement une officine autonome, elles permettent de s’appuyer sur une pharmacie existante. D’autres modèles cherchent également à maintenir une présence pharmaceutique dans les territoires éloignés, comme les pharmacies mobiles.
Où en est l’expérimentation en 2026 ?
La première antenne de pharmacie a ouvert en Corse en 2024.
En juillet 2026, l’Ordre national des pharmaciens recensait six antennes ouvertes dans quatre régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Centre-Val de Loire, Corse et Occitanie. Six autres ouvertures étaient alors attendues au cours du mois de juillet.
Initialement prévue dans quelques régions, l’expérimentation a depuis été étendue à l’ensemble de l’Hexagone.
Il reste cependant trop tôt pour tirer un bilan définitif. La plupart des antennes étant encore récentes, les données disponibles ne permettent pas encore d’évaluer précisément leur impact à long terme.
L’expérimentation doit notamment permettre d’observer leur fréquentation, leur activité de dispensation et les différentes missions mises en place.
Une présence pharmaceutique qui va au-delà de la délivrance
L’intérêt d’une antenne ne se limite pas à permettre aux habitants de récupérer leurs médicaments.
La pharmacie joue également un rôle dans la prévention et l’accompagnement de proximité.
Les premières expériences montrent déjà cette dimension. Selon l’Ordre national des pharmaciens, les antennes ont notamment participé à la vaccination contre la grippe saisonnière et la Covid-19, illustrant leur rôle potentiel dans les missions de prévention.
Dans les territoires ruraux, cette proximité peut prendre une importance particulière pour les personnes âgées, les patients atteints de maladies chroniques ou les personnes ayant des difficultés à se déplacer.
L’antenne peut donc être envisagée comme un point de contact supplémentaire avec le système de santé.
Quel fonctionnement pour les équipes officinales ?
Le modèle repose sur une organisation entre l’antenne et l’officine qui la gère.
Cette configuration peut permettre de mutualiser certaines ressources et de conserver un lien avec une officine existante.
Elle pose également des questions très concrètes : organisation des équipes, approvisionnement en médicaments, horaires d’ouverture, gestion des stocks, outils informatiques ou encore coordination entre les deux sites.
Cette organisation intervient également dans un contexte où les métiers de l’officine évoluent et où les équipes doivent s’adapter à de nouvelles missions.
La question logistique est particulièrement importante.
Une antenne doit pouvoir disposer des produits nécessaires tout en évitant de créer une organisation disproportionnée par rapport à son activité. Les outils numériques et les solutions de gestion des stocks peuvent, dans ce contexte, contribuer à faciliter le suivi des produits et les échanges entre les différents points de présence.
La gestion des stocks constitue d’ailleurs un enjeu quotidien pour les officines, notamment lorsqu’il faut trouver le bon équilibre entre disponibilité des médicaments et niveau de stock.
L’enjeu est donc aussi organisationnel : maintenir un service de proximité tout en conservant un fonctionnement viable pour l’officine qui porte l’antenne.
Un modèle encore à évaluer
L’expérimentation doit se poursuivre jusqu’en juillet 2029. Son évaluation portera notamment sur la fréquentation, le nombre de dispensations sur ordonnance, les ventes sans ordonnance et les missions mises en place.
La question de la viabilité économique sera également déterminante.
Une antenne doit répondre à un besoin réel de la population, mais son fonctionnement ne doit pas fragiliser l’officine qui la gère ni, plus largement, le maillage pharmaceutique existant.
Cette question est importante car l’objectif n’est pas uniquement de multiplier les points de présence. Il s’agit de trouver une organisation permettant de maintenir durablement un accès aux médicaments et aux services pharmaceutiques.
Quel avenir pour les antennes de pharmacie ?
L’avenir du dispositif dépendra donc des résultats de l’expérimentation.
En 2025, des mesures visant notamment à étendre l’expérimentation et à prévoir sa généralisation avaient été intégrées au projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Ces dispositions ont toutefois été censurées par le Conseil constitutionnel lors de l’examen de la loi.
Le cadre actuel reste donc celui de l’expérimentation, avec une évaluation prévue à son terme.
Pour les territoires concernés, les antennes constituent néanmoins une piste intéressante : elles permettent d’imaginer une présence pharmaceutique adaptée à des communes où l’installation d’une officine traditionnelle n’est pas nécessairement possible.
La pharmacie de proximité peut-elle prendre de nouvelles formes ?
Les antennes de pharmacie illustrent une évolution du réseau officinal. Cette évolution s’inscrit dans une réflexion sur la place de la pharmacie dans le parcours de santé et sur les nouvelles formes que peut prendre la pharmacie de proximité.
Face aux changements démographiques, aux difficultés de recrutement ou de reprise et aux enjeux d’accès aux soins, le modèle de la pharmacie peut être amené à s’adapter aux réalités locales.
Dans certains territoires, cela pourrait passer par une antenne ; ailleurs, par une coopération entre professionnels de santé, de nouveaux services ou encore par l’utilisation d’outils numériques facilitant l’organisation.
L’enjeu reste le même : préserver une présence pharmaceutique accessible aux patients tout en construisant des modèles adaptés aux réalités de chaque territoire.
L’expérimentation des antennes permettra dans les prochaines années de déterminer si ce modèle peut durablement trouver sa place dans le maillage officinal français.

Sources
- Ordre national des pharmaciens – « Antennes de pharmacie : où en est-on ? », 23 juillet 2026
- Légifrance – Code de la santé publique, dispositions relatives aux territoires où l’accès au médicament n’est pas assuré de manière satisfaisante
- Légifrance – Décret n° 2024-756 du 7 juillet 2024
- Ordre national des pharmaciens – LFSS 2026 : mesures concernant les pharmaciens
- Ordre national des pharmaciens –Démographie pharmaceutique : une profession qui se transforme
