À l’heure où l’observance reste un enjeu important de santé publique, le packaging des médicaments évolue pour faciliter l’utilisation et le suivi du traitement. Certains emballages et dispositifs associés intègrent désormais des technologies capables de détecter une ouverture ou la délivrance d’une dose, d’envoyer des rappels ou de donner accès à des informations complémentaires.
Ce que l’on considérait hier comme un simple contenant peut ainsi devenir un point de contact supplémentaire avec le patient, notamment pour les traitements au long cours. Pour les pharmaciens, ces innovations peuvent également compléter le conseil et l’accompagnement au quotidien, en apportant de nouveaux supports pour expliquer le traitement et aider certains patients à mieux l’utiliser.
Des boîtes de médicaments « connectées »
Les packagings intelligents reposent sur différentes technologies : puces NFC, capteurs d’ouverture, QR codes, capteurs intégrés aux blisters ou dispositifs de connexion. Toutes n’ont pas le même objectif : certaines permettent d’accéder à de l’information, tandis que d’autres enregistrent des événements liés à la prise ou à la délivrance du médicament.
Les dispositifs de suivi de l’observance peuvent, par exemple, enregistrer l’ouverture d’un contenant ou la sortie d’un comprimé et transmettre ces informations à une application ou à une plateforme dédiée. Il faut toutefois distinguer ces événements d’une prise effective : un capteur peut constater qu’une boîte a été ouverte ou qu’un comprimé a été délivré, mais ne peut pas nécessairement confirmer que le médicament a été effectivement pris.
Quelques exemples concrets :
- Pill Connect : un dispositif connecté associé à un flacon qui enregistre la délivrance de chaque comprimé et transmet les événements de prise pour permettre un suivi de l’observance, notamment dans le cadre d’essais cliniques.
- Smart blisters : des plaquettes intégrant des capteurs capables de détecter lorsqu’un comprimé est retiré de son alvéole. Ces technologies permettent d’obtenir un suivi à l’échelle de chaque dose dans certains contextes.
- QR codes et information numérique : l’emballage peut également devenir une passerelle vers des informations complémentaires. L’Agence européenne des médicaments travaille notamment sur l’Electronic Product Information (ePI) et sur la possibilité d’accéder à l’information officielle du médicament en scannant un code 2D présent sur son emballage.
Ces technologies peuvent aussi améliorer l’accessibilité de l’information. Une information numérique peut notamment être consultée sur smartphone, recherchée plus facilement ou proposée dans différentes langues lorsque celles-ci sont disponibles.
Quel intérêt pour les pharmaciens ?
Pour les officines, ces technologies peuvent être davantage qu’un gadget. Elles peuvent s’intégrer dans :
- Les entretiens pharmaceutiques et les actions d’accompagnement des patients chroniques ;
- Le suivi de patients prenant plusieurs médicaments, lorsque des rappels ou des outils complémentaires sont pertinents ;
- Les bilans de médication partagés, en apportant un support supplémentaire aux échanges sur l’utilisation du traitement ;
- L’accompagnement à domicile et certaines organisations de préparation des doses à administrer.
Le principal intérêt n’est pas de remplacer le conseil du pharmacien, mais de faciliter certaines étapes du parcours de prise du médicament. Un emballage connecté peut, selon sa technologie, aider à rappeler une prise, fournir une information au moment opportun ou documenter certains événements liés à la délivrance.
Pour le pharmacien, ces outils peuvent donc constituer un support supplémentaire dans la relation avec le patient. Ils peuvent notamment être utiles lorsque celui-ci rencontre des difficultés d’organisation, de compréhension ou d’utilisation de son traitement.
La robotisation de l’officine peut également compléter cette logique, mais sur un autre volet : le robot agit principalement sur la gestion et la préparation du médicament, tandis que le packaging intelligent intervient davantage au moment où le médicament arrive chez le patient. Les deux technologies peuvent donc répondre à des besoins différents et complémentaires.
Une nouvelle interaction patient-emballage
Ce type d’innovation s’inscrit dans un mouvement plus large : faire du conditionnement un support d’information et d’accompagnement, en complément de la notice papier et du conseil des professionnels de santé.
L’emballage peut ainsi devenir un point d’accès vers des contenus numériques. Demain, ou dans certains dispositifs déjà en développement, il pourra notamment :
- Donner accès à des informations complémentaires sur le médicament grâce à un QR code ou un autre code 2D ;
- Proposer des contenus pédagogiques, comme une vidéo expliquant l’utilisation d’un dispositif ;
- Faciliter l’accès à une information actualisée et consultable sur smartphone ;
- Adapter l’accès à l’information aux besoins de certains patients, notamment grâce aux possibilités offertes par les formats numériques et multilingues.
L’EMA développe actuellement un cadre européen pour l’information électronique sur les médicaments (ePI). Celui-ci vise notamment à rendre l’information réglementaire plus accessible, plus facilement consultable et disponible dans plusieurs langues.
La pharmacie digitale de proximité passe donc aussi par ces évolutions : le numérique ne se limite pas aux applications ou aux écrans de l’officine. Il peut également s’intégrer directement dans les objets que le patient utilise au quotidien.
Les limites actuelles (et ce qu’il faut anticiper)
Même si les technologies existent, leur généralisation se heurte encore à plusieurs freins :
- Coût unitaire des dispositifs et des technologies intégrées ;
- Interopérabilité avec les applications et systèmes de santé existants ;
- Besoin d’un accompagnement humain au démarrage, notamment pour les patients peu à l’aise avec les outils numériques ;
- Nécessité de gérer les données de santé de manière sécurisée ;
- Différences importantes entre les technologies : un QR code donnant accès à une notice numérique ne fournit pas les mêmes fonctionnalités qu’un capteur mesurant l’ouverture d’un emballage.
La réglementation évolue également progressivement. L’EMA autorise déjà, dans certaines conditions, l’utilisation de technologies de lecture mobile, notamment les QR codes, dans l’information associée aux médicaments. Une guidance actualisée sur ces technologies a notamment été publiée en mars 2026.
Le développement du packaging intelligent dépendra donc autant des progrès technologiques que de l’utilité réelle pour les patients, de l’accessibilité des dispositifs, de leur intégration dans les parcours de soins et de leur cadre réglementaire.
Le packaging intelligent est ainsi plus qu’un simple contenant connecté. Il peut devenir un support d’information, de rappel ou de suivi, selon la technologie utilisée. Pour le patient, l’enjeu est surtout de rendre le traitement plus compréhensible et plus simple à gérer au quotidien. Pour le pharmacien, ces innovations peuvent constituer un outil complémentaire pour accompagner les usages du médicament et renforcer le conseil au quotidien.
Sources
- Agence européenne des médicaments (EMA) – Electronic Product Information (ePI)
- Agence européenne des médicaments (EMA) – Mobile scanning and other technologies
- European Medicines Regulatory Network – EU ePI Implementation Guide
- Pill Connect – Smart medication packaging and adherence monitoring
- PubMed – Smart pill bottle and medication adherence, 2025
